Les phrases qui rassurent le correcteur : comment ne pas perdre de points au bac de français

Vous avez de bonnes idées, de bons exemples, et la note ne suit pas. Parfois, ce n’est pas le fond qui manque : c’est que le correcteur ne sait plus où vous l’emmenez. Voici ce que je ressens, en corrigeant, quand une copie prend le temps de m’expliquer où elle m’emmène et comment elle répond au sujet, et quand elle ne le fait pas.


Deux paragraphes, deux sensations

Je vais vous montrer deux copies. Ce ne sont pas des copies de bac : ce sont des devoirs faits avec ma classe, écrits par mes élèves sur des extraits du Chevalier de la Charrette de Chrétien de Troyes, au programme du bac de français de 1ère. Je les ai choisies parce que ce que je ressens en les lisant est exactement ce que je ressens quand je corrige les copies du bac, et on vous le dit rarement.

Page manuscrite d'un élève de première : un seul paragraphe d'analyse d'un passage du Chevalier de la Charrette, surligné en plusieurs couleurs. Il commence par « Dans ce passage, nous pouvons souligner la présence de la force tyrannique de l'amour » et se termine par « Donc à travers ce passage Chrétien de Troyes fait de l'amour une force tyrannique qui dépossède notre chevalier »
Première copie : l’idée est annoncée dès la première phrase, puis reprise à la fin.

Elle commence ainsi :

« Dans ce passage, nous pouvons souligner la présence de la force tyrannique de l’amour. »

Je me renfonce dans mon siège, rassurée. Je sais où je vais. Chaque exemple qui suivra, je le range tout de suite dans la bonne case : la périphrase « Celui qui était sur la charrette », le parallélisme, la personnification de l’amour. Je n’ai pas à me demander pourquoi l’élève me parle de ça. Je lis avec confiance, et je suis disposée à voir ce qui marche.

Deuxième copie.

Page manuscrite d'un élève de première : quatre paragraphes d'analyse d'un passage du Chevalier de la Charrette, surlignés en plusieurs couleurs. Ils commencent par « Pour commencer, L1 et 2 on remarque que le sujet n'est pas Lancelot », « On le remarque encore plus à la ligne 3 », « On apprend enfin la raison de sa passivité » et « Sur la fin du texte, on peut apercevoir un passage au discours direct ».
Deuxième copie : de vraies observations, mais aucune idée directrice.

Elle commence ainsi :

« Pour commencer, L1 et 2 on remarque que le sujet n’est pas Lancelot. »

Comment ça, L1 et 2 ? Je suis agacée… Les phrases s’enchaînent sur « On le remarque encore plus à la ligne 3 », « On apprend enfin la raison de sa passivité », « Sur la fin du texte, on peut apercevoir un passage au discours direct ». La copie propose de vraies observations : le sujet grammatical, le parallélisme de construction, le discours direct. Tous ces procédés sont justes et pertinents. L’élève a travaillé, et il était probablement satisfait de son travail, se disant qu’il avait rédigé des analyses réussies. Et c’est en partie vrai, ce qui rend la potentielle note d’autant plus décevante. Parce qu’à chaque phrase, je dois deviner pourquoi l’élève me les montre. Comme je ne sais pas où l’analyse m’emmène, je suis perdue.

Je pense :

Mais quel est le lien avec le sujet ?

puis

Mais ça ne répond pas au sujet !

Et je sais qu’il va falloir retourner à l’annonce du plan, et donc perdre du temps, pour vérifier si c’est en rapport avec l’axe prévu et rattacher, tant bien que mal, ce que l’élève essaie de démontrer à ce projet.

Ce que je ressens, au fond, c’est de l’agacement, et un peu de lassitude. C’est là que le correcteur se perd.

Un correcteur perdu ne vous le dira pas

Un correcteur perdu n’écrit pas

Je suis perdu…

dans la marge. Il continue de lire, mais autrement : il ne relie plus les idées au sujet, il constate que l’élève ne le fait pas. Les idées justes deviennent des remarques isolées, et des remarques isolées, ce n’est pas ce qu’il recherche : le correcteur attend un travail structuré et une pensée qui progresse.

C’est quoi, le fil conducteur d’une copie ?

Rempart avec vue sur la mer.
Visitons ces remparts avec vue sur la mer.

Imaginez une visite guidée. Le guide ne vous laisse pas devant un monument au hasard, puis devant un autre. Il vous annonce : « Nous allons suivre les remparts jusqu’au point de vue sur la mer. » Chaque arrêt a alors un sens, même celui où vous ne regardez qu’une simple pierre : vous savez pourquoi vous êtes là, parce que vous suivez un parcours. Sans ce parcours, vous avez une suite de monuments. Avec lui, vous avez une visite.

Le fil conducteur d’une copie, c’est ce parcours. C’est la direction que le correcteur peut suivre d’un bout à l’autre, et il répond à une question simple :

Où est-ce qu’on va, et pourquoi on y va maintenant ?

Le guide, ici, c’est l’élève. Et le visiteur qui n’a pas de guide, c’est moi, avec ma pile de copies.

Ce n’est pas une idée de professeur. C’est un critère de la grille.

Ce que la grille demande, dans ses mots

Dans la grille d’évaluation appliquée pour la correction au bac de français, le critère « Mise en forme et organisation de la réflexion » compte quatre niveaux, pour le commentaire comme pour la dissertation. Seul le dernier parle de fil conducteur :

grille utilisée pour la correction au bac de français : Très insuffisant : « Le propos n'est pas organisé. »

Insuffisant : « Le propos est organisé de manière peu pertinente. »

Satisfaisant : « Le propos est organisé de manière globalement cohérente. »

Très satisfaisant : « Le propos est organisé de manière cohérente. Il suit un fil conducteur perceptible et pertinent. »
  • Très insuffisant : « Le propos n’est pas organisé. »
  • Insuffisant : « Le propos est organisé de manière peu pertinente. »
  • Satisfaisant : « Le propos est organisé de manière globalement cohérente. »
  • Très satisfaisant : « Le propos est organisé de manière cohérente. Il suit un fil conducteur perceptible et pertinent. »

Regardez le passage du niveau « satisfaisant » au niveau « très satisfaisant » : « globalement cohérente » devient « cohérente », et un fil conducteur apparaît, avec deux adjectifs, « perceptible et pertinent ». Perceptible : le mot compte. Il ne suffit pas que le fil existe dans votre tête, il faut que je le perçoive.

Le menu, le plat, et votre première phrase

Pensez à un maître d’hôtel qui apporte un dessert. Il ne dit pas :

Voici de la farine, des œufs, du chocolat fondu, du sucre passé à la casserole.

Il dit :

Voici un entremets au chocolat, avec son coulis de caramel.

Il nomme le plat. Les ingrédients, vous les découvrirez en mangeant, et ils auront un sens parce que vous savez ce qu’on vous sert.

Vos citations et vos exemples sont les ingrédients. La première phrase de chaque partie, c’est le nom du plat. Dans la deuxième copie, l’élève m’apporte les ingrédients un à un, sans jamais me dire ce que ça va donner. Dans la première, il me dit d’abord « la force tyrannique de l’amour », puis il apporte la périphrase, le parallélisme, la personnification.

Que doit dire la première phrase d’une partie ?

Une boussole qui indique le chemin.

Une boussole qui indique le chemin.

Elle doit dire où l’on va. Pas ce que l’on fait (« Pour commencer », « On remarque »), mais ce que l’on démontre.

Elle doit aussi retrouver l’annonce du plan de l’introduction. Pas mot pour mot : je ne cherche pas un copier-coller, je cherche un écho. C’est un point que les examinateurs vérifient. Quand je lis l’annonce du plan, je note dans ma tête ce qu’on me promet. Puis, au début de chaque partie, je regarde si la promesse est tenue.

Faut-il annoncer le plan dans l’introduction ?

Oui, l’introduction se termine par l’annonce du plan, et elle est précieuse pour le correcteur : c’est la carte du parcours. Ce que je regarde, c’est qu’elle soit cohérente avec ce qui suit.

Reprenons nos images. L’annonce du plan, c’est le menu qu’on vous tend en arrivant au restaurant, ou le programme de la visite que le guide donne au départ. Ensuite, à chaque étape, le maître d’hôtel présente le plat, le guide annonce le point de vue. Si ce qu’on vous apporte ne correspond pas au menu, vous êtes surpris, et pas agréablement. Pour le correcteur, c’est pareil.

Et la transition entre les grandes parties ?

La transition entre deux grandes parties se fait en deux temps, parce qu’elle a deux objectifs distincts : elle dresse le bilan de la partie qui se termine, et elle annonce l’idée directrice de la suivante. C’est la conclusion partielle et l’introduction partielle : elles servent à me dire ce que nous venons de voir et ce que nous allons voir.

Une transition n’est donc pas une formule de politesse. C’est un panneau sur le chemin. On ne peut pas s’en passer, au risque de se perdre.

Début et fin : l’écho

Regardez maintenant la fin des deux copies.

La première se termine ainsi :

« Donc à travers ce passage Chrétien de Troyes fait de l’amour une force tyrannique qui dépossède notre chevalier. »

C’est la phrase du début, reformulée. Cette copie ne compte qu’un seul paragraphe, mais elle fait déjà ce que j’attends de chaque partie : elle ouvre sur une idée, la démontre, puis la reprend pour refermer. Le début et la fin se répondent, et je termine ma lecture avec le sentiment d’avoir fait un parcours.

La seconde se termine ainsi :

« Notre chevalier pensif et confronté à un dialogue ce qui peut nous mener à une forme de suspens et nous faire nous demander ce qu’il va y répondre. »

Je ne retrouve pas l’idée du début, parce qu’il n’y en avait pas : on est passé d’une observation à la suivante. Les quatre paragraphes s’ouvrent sur « Pour commencer », « On le remarque encore plus », « On apprend enfin », « Sur la fin du texte ». Ces débuts me disent dans quel ordre le texte est lu, pas ce que l’élève en conclut.

Pourquoi les élèves ne le font pas

Les élèves pensent souvent, sans l’avouer, que c’est un truc pénible que les professeurs exigent, comme ça, parce que c’est la règle. Une formalité scolaire, une case à cocher, un truc de plus à évaluer.

Ce qu’ils ne voient pas, c’est la dimension communicationnelle de la copie. Une copie, c’est une conversation à sens unique avec une personne précise : l’examinateur. Elle doit lui permettre de suivre le cheminement de la pensée. Sinon, il est perdu, et agacé.

Il y a une raison à ce réflexe. En classe, le professeur connaît le cours, sait ce qui a été vu, reconnaît l’élève, et comble de lui-même les blancs d’un raisonnement. Au bac, l’examinateur ne connaît pas l’élève et ne sait pas ce que la classe a travaillé. Et à l’écrit, impossible de lever la main pour dire « laissez-moi vous expliquer ». La copie doit parler toute seule.

Mon astuce : la méthode ACIER

L’acier, c’est ce qui structure les bâtiments. Sans lui, tout s’effondre. Mais ACIER, c’est une méthode qui permet de structurer non pas un bâtiment, mais un devoir. Voici le squelette d’un paragraphe :

  • Alinéa
  • Connecteur logique
  • Idée développée (la phrase titre)
  • Exemples expliqués
  • Rappel de l’idée, pour refermer le paragraphe

Le « I », c’est exactement ce dont je vous parle : l’idée directrice, qui apparaît dès le début. Le « R », c’est la conclusion partielle : il referme la boucle. C’est ce que fait la première copie avec son « Donc à travers ce passage… ». Et le « C », le connecteur, vous aide à relier cette phrase à la précédente.

Quant aux exemples expliqués, c’est la méthode CIA : Citer, Identifier le procédé, Analyser. Une fois que j’ai le menu, je veux bien les ingrédients, à condition qu’ils soient analysés.

Une carte de menu.

Un paragraphe, vu de l’intérieur

Voici ce que je lis, dans l’ordre, quand un paragraphe commence. Deux endroits comptent pour ma direction : l’idée directrice au début, et le rappel à la fin.

Schéma d'un paragraphe de développement construit avec la méthode ACIER. La première ligne, l'alinéa, est décalée vers la droite, puis viennent le connecteur logique, idée directrice (la phrase titre), exemples expliqués (citer, identifier le procédé, analyser), rappel de l'idée pour refermer le paragraphe. » Légende : « Le squelette d'un paragraphe : la méthode ACIER.

Ce que cela change pour la note

Je corrige des copies de bac de français depuis plus de dix ans, plus de 1 500 copies au total. Voici ce que j’observe, copie après copie.

Sans fil conducteur perceptible, je ne peux pas viser au-delà de 11 ou 12. Avec un fil conducteur présent, une copie passe directement à 10. Si, en plus, il y a une vraie progression d’une partie à l’autre, on peut monter jusqu’à 14. Et toutes les copies au-dessus de 14 le font.

Échelle de 0 à 20. Sans fil conducteur perceptible, la note ne dépasse pas 11 ou 12. Avec un fil conducteur, la copie passe directement à 10, et jusqu'à 14 avec une vraie progression. Au-dessus de 14, toutes les copies ont un fil conducteur. » Légende : « Mon observation de correctrice, pas une règle de la grille.

Je ne vous dis pas que c’est une règle écrite dans la grille. Je vous dis que c’est ce que je constate, parce que l’examinateur est un humain et qu’il a besoin de se sentir pris en considération.

Comment vérifier votre propre copie en cinq minutes

Prenez votre dernier devoir. Soulignez la première phrase de chaque partie. Puis, sans lire le reste, posez-vous trois questions :

  1. Est-ce que cette phrase dit où je vais, ou seulement ce que je fais ?
  2. Est-ce qu’elle fait écho à mon annonce du plan ?
  3. Est-ce qu’elle contient un mot du sujet, ou au moins l’idée défendue ?

Si la réponse est non à l’une de ces questions, réécrivez uniquement cette phrase. Vous ne changez rien d’autre, et la copie change de nature.

Et si vous êtes parent

Si vous relisez la copie de votre enfant sans être professeur de français, vous pouvez faire exactement le même test. Lisez uniquement la première phrase de chaque partie, à voix haute. Si vous comprenez où elle veut aller, le correcteur le comprendra aussi. Si vous ne comprenez pas, ce n’est pas que vous « n’y connaissez rien » : c’est un signal utile.

À retenir

  • Votre première phrase de partie est un menu : elle nomme le plat, pas les ingrédients.
  • Elle fait écho à l’annonce du plan, et la fin du paragraphe reprend l’idée.
  • Une transition dresse un bilan et annonce la suite : c’est un panneau, pas une politesse.
  • Une copie est une communication avec un examinateur, pas une formalité.
  • Un correcteur perdu ne le dit pas : il note moins bien.

Vous avez peut-être remarqué que, dans les deux copies, les élèves ont utilisé des surligneurs de plusieurs couleurs. Nous en parlerons dans le prochain article.

Saviez-vous que ces petites phrases jouaient un si grand rôle ? Dites-le-moi en commentaire.

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