Depuis plus de dix ans, j’enseigne le français au lycée, d’abord comme contractuelle puis comme certifiée (c’est-à-dire avec le concours habituel des professeurs). Je suis ensuite devenue agrégée de Lettres Modernes en 2024, et je suis examinatrice au bac de français chaque année depuis 2015. J’ai corrigé plus de 1500 copies et fait passer des centaines d’oraux.
Et pourtant, si vous m’aviez rencontrée quelques années plus tôt, je n’aurais probablement jamais imaginé écrire ces lignes. Parce que ce chemin n’a rien eu d’une ligne droite, et c’est justement ce détour qui me permet, je crois, de vous être utile aujourd’hui.
Andromaque, et la réussite comme une évidence imposée
Tout commence en classe de Seconde, avec ma rencontre avec Andromaque de Racine en cours de théâtre. C’est à ce moment que j’ai su que je voulais étudier la littérature. Mais mon père en a décidé autrement :
« Ok pour ta prépa littéraire, mais tu fais un bac S d’abord. »
J’obtiens ce bac S, spécialité mathématiques, avec la mention Très Bien, et 17, 18 et 19 dans les trois matières scientifiques : la preuve, s’il en fallait une, qu’on peut être scientifique et littéraire. Sa réaction à l’annonce de ma mention : « C’est normal. » Et pas ce que j’espérais : « Je suis fier de toi. » Sous-entendu : il n’en attendait pas moins de moi. Je n’ai compris que bien plus tard ce que ce genre de phrase installe, silencieusement, chez un enfant : une pression qui n’a jamais besoin d’être formulée pour être là, une foi absolue en la réussite qui interdit, en creux, tout droit à l’échec.
La peur qui m’a arrêtée
Après ce bac, je fais tout de même une hypokhâgne puis une khâgne, au lycée Louis-le-Grand à Paris, au milieu des années 2000. J’y arrive pleine d’exigence envers moi-même, portée par l’amour des textes et l’envie de viser haut. Mais très vite, la pression du lieu et la comparaison permanente me rattrapent : des notes qui ne reflètent en rien le travail fourni, des khôlles qui se terminent en larmes après des remarques douloureuses des enseignants.
Je poursuis mes études en licence de Lettres puis en master, avec une passion redoublée. Mais au moment de me lancer dans le projet de l’agrégation externe, je recule. Non pas par manque de niveau, mais par peur, cette peur précise de l’échec que je n’avais jamais vraiment désamorcée depuis mes années prépa.
Le détour
Plutôt que d’affronter ce concours, je change de voie : je deviens chef de projet web, et je travaille quelques années dans différentes agences. Sur le papier, tout va bien. Dans les faits, je ne suis pas à ma place : ce métier n’a pas de sens pour moi. Je finis par tout plaquer sans trop savoir où je vais ni ce que je vais faire de ma vie.
Le retour, et la vocation

Après quelques mois d’errance, je reviens finalement vers l’enseignement, d’abord comme contractuelle pendant un an, puis je passe et j’obtiens le CAPES. La première fois que je suis entrée dans une salle de classe pour faire cours, en décembre 2012, j’ai eu l’impression que la grâce s’abattait sur moi. Ce que je n’avais jamais trouvé dans la course aux concours, je l’ai trouvé là, immédiatement, face aux élèves : une vraie vocation.
Ce qui me fait vibrer, c’est la littérature, et surtout la transmettre : montrer à mes élèves qu’elle nous parle de nous. J’allie ce plaisir des textes à mes connaissances en sciences cognitives, dans lesquelles je me suis plongée dès 2014 pour le rendre concret et efficace.
C’est peu après que je deviens examinatrice au bac de français.
La tumultueuse aventure de l’agrégation
En 2024, je me présente à l’agrégation interne de Lettres Modernes. Je l’obtiens, du premier coup, non sans fierté tant ce concours est réputé difficile, avec un honorable 16 en leçon et une mention de ma performance au rapport de jury. La consécration. Cependant, rien n’a été simple, évidemment : en pleine année scolaire, avec des classes à charge, un tout jeune enfant à la maison, la découverte de ma dyspraxie qui m’a imposé des séances d’ergothérapie avant les écrits pour tenir la cadence de l’épreuve, et surtout le décès de mon père, à peine un mois avant les écrits. Mon père pour qui m’avait toujours encouragée à me présenter à ce concours en ne doutant jamais que je l’aurais, que je voulais rendre fière avec ce titre qu’il espérait tant, dont j’espérais qu’il me dirait enfin
« Je suis fier de toi. ».
Je choisis de partager ce détail personnel parce qu’il a joué un rôle essentiel dans mon parcours : cette épreuve, loin de m’abattre, m’a donné la force d’aller au bout, et elle m’a appris, très concrètement, qu’on peut avancer avec la peur, le deuil et la fatigue, sans attendre d’aller parfaitement bien pour agir.
Pourquoi ce blog
Depuis 2015, j’ai corrigé plus de 1500 copies, préparé des centaines d’élèves, et surtout compris, de l’intérieur, ce que le jury attend vraiment. J’ai créé reussir-bac-francais.fr parce que je vois, chaque année, des élèves ambitieux et sérieux peiner à comprendre ce qu’on attend réellement d’eux. Mon parcours m’a appris qu’on peut viser haut sans y laisser sa santé mentale, à condition de comprendre les règles du jeu et d’y prendre du plaisir plutôt que de les subir dans la peur.
Mon premier défi : 10 articles pour vous faire découvrir les coulisses de la préparation au bac de français
Pour ouvrir ce blog, je me lance dans une série inaugurale de dix articles : pendant dix semaines, je vais vous plonger dans ce qui se passe vraiment dans ma tête quand je corrige une copie de bac de français. Pas une méthode toute faite, pas une liste de conseils génériques, mais ce que je pense, phrase par phrase, au moment même où je lis. Parce qu’un examinateur reste un humain comme les autres, et que voir son raisonnement se dérouler en direct apprend souvent plus que n’importe quelle fiche de méthode.
Cette série suivra le fil réel d’une correction, du premier regard sur la copie jusqu’à la note finale : les 30 premières secondes qui orientent déjà ma lecture, ce que je cherche vraiment derrière une introduction, ce qui fait basculer un paragraphe de la paraphrase à l’analyse, jusqu’au détail invisible qui sépare une copie moyenne d’une très bonne copie.
C’est le point de départ d’un travail que je compte poursuivre bien au-delà de ces dix semaines, dans quatre grandes catégories : « Dans la tête de l’examinatrice », « Mes astuces », « Le plaisir des textes », et « Viser plus haut ».
Bienvenue sur reussir-bac-francais.fr. J’espère que ce que je vais y partager vous aidera à comprendre ce que le jury attend vraiment, et à y prendre plaisir.