Ce que je refuse d’accepter

Un constat, répété depuis dix ans

Depuis dix ans, je vois des élèves ambitieux et sérieux s’épuiser sans comprendre pourquoi.

Je ne parle pas d’une impression. Je suis professeure de français depuis plus de 10 ans, j’ai accompagné des centaines d’élèves dans leur préparation au bac de français, j’ai corrigé plus de 1500 copies. Et ce que j’y observe se répète, année après année, avec une régularité qui a fini par devenir pour moi une conviction : chez beaucoup de ces élèves, le problème n’est pas le manque de travail. Ils passent des heures à faire des fiches, à les relire, à apprendre par cœur citations et parties de cours. Ils font le travail demandé en classe. Et pourtant, pour les contrôles ou pire le jour de l’épreuve, la note ne suit pas. Le problème, c’est qu’on ne leur a jamais vraiment expliqué ce qu’on attendait d’eux.

Ce que je vois, des deux côtés de la copie

Du côté des élèves, je retrouve toujours les mêmes malentendus. Des élèves qui appliquent une méthode à la lettre sans en comprendre le sens, et qui s’effondrent dès qu’un sujet sort du cadre attendu. Des élèves qui récitent un cours entier sans jamais se demander pourquoi cette notion sert leur analyse. Des élèves, enfin, qui pensent que la quantité de connaissances accumulées suffit à faire une bonne copie, alors que les connaissances, à elles seules, ne suffisent pas : ce qui compte, c’est ce que l’élève est capable d’en faire dans son analyse.

Du côté du jury, la réalité est plus nuancée qu’on ne le croit. Je crois profondément que la plupart des correcteurs n’agissent jamais par malveillance, contrairement à ce que certains élèves et certains parents pensent : ils évaluent souvent avec des critères qu’ils ont eux-mêmes intégrés depuis si longtemps qu’ils ne pensent pas toujours à les rendre visibles à des élèves de dix-sept ans qui les découvrent pour la première fois. Le problème n’est donc pas la mauvaise volonté. C’est un implicite installé des deux côtés, que personne ne prend toujours le temps de nommer.

De part et d’autre, de l’incompréhension, de la frustration, parfois même du ressentiment.

Ma propre expérience de ce silence

Je sais aussi ce que cela signifie de ne pas comprendre ce qu’on attend de vous. Avant d’être examinatrice, j’ai moi-même connu cette peur de l’échec, et cette sensation de ne jamais savoir exactement ce qu’on exigeait vraiment de moi. J’ai reculé devant des concours que j’aurais pu réussir, simplement parce que je n’avais personne pour me dire clairement ce qui se jouait derrière l’exercice et comment m’y préparer sans y perdre ma confiance en moi. C’est précisément pour cela que je veux rendre explicite ce qui reste trop souvent implicite.

Ce que je choisis de faire

Mon travail n’est pas de dénoncer le système, ni d’opposer les élèves à leurs enseignants. Il est de rendre ces codes lisibles, pour que chaque élève puisse enfin les comprendre, quelle que soit la classe, le lycée ou le professeur qu’il a eu. Décrypter les attentes du jury, montrer ce qui distingue une copie correcte d’une très bonne copie, transmettre une manière de travailler qui a du sens plutôt qu’une accumulation de fiches : voilà ce que je veux construire ici, article après article.

Ma quête est donc simple : rendre plus lisible ce qui reste trop souvent implicite dans le système scolaire, pour que chaque élève comprenne enfin ce qu’on attend vraiment de lui, et découvre au passage que la littérature a bien plus à lui offrir qu’une note.

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